Bertil Scali fait sa chanson du calvaire - Le Midi Libre - 15 août 2009
Ce descendant des Fenaille dédicaçait hier son livre, "Un Jour comme un autre". S'en rend-il seulement compte ? Quand il parle, Bertil Scali joue avec les mots, avec leurs sons. « Quand on souffre, on s'ouvre ». La famille ? « C'est précieux, c'est une pression ». Il a toujours navigué entre ces mots, petit quand il habitait près de l'hôtel de Serge Gainsbourg, ce parolier exceptionnel, à peine plus grand, à 16 ans, où il proposa au culot un article au Monde, qui l'a repris en première page. Il est devenu après journaliste, puis éditeur. Ses Quarante Glorieuses, en somme.
Mais voilà, sa crise de la quarantaine, se mêlant à la crise mondiale, fut aigre. Largué par sa femme, ruiné par la faillite de sa maison d'édition en septembre 2008 : « J'ai perdu deux univers d'un coup ». Il en a créé un nouveau en écrivant son premier livre, nerveux et incertain, comme une lettre écrite une nuit d'humeur brumeuse. Une lettre d'amour, en réalité, pour sa femme. Un objet bizarre, une fiction, une autobiographie, « un roman », finit-il par trancher. « On ne peut jamais être simple, explique-t-il. On subit un ensemble de choses, disparitions, séparations, traumatismes... On a un ensemble d'idéaux, on ne sait pas quoi choisir : on se perd là-dedans. Il faut accepter sa complexité. » Il accepte aujourd'hui la sienne, visiblement lui-même surpris, et reprend le contrôle, notamment par le travail.
Historiquement Aveyronnais, il a des phrases simples pour dire qu'il est bien ici, là où il est venu quand tout s'est effondré d'un coup. Hier il signait son livre à Rodez. Demain... Rien n'est exclu. Journaliste ? Ecrivain ? On verra : « Avec ce livre, j'ai réalisé que j'aimais écrire ». On le retrouvera sûrement au détour d'un mot.
Samuel FOREY