Le discours pamphlétaire se dispute à nouveau l’espace public. A une
époque saturée de messages normés, il possède l’indéniable avantage
d’endosser les couleurs originales de son auteur. Bon ou mauvais, il se
préoccupe de ce qui l’entoure, ou le cerne, ce qui lui confère, à
défaut d’incarner une vérité professorale, la dimension d’une parole sans mandat - convaincue -, nettement plus vivante que le bruit convenu des orateurs attitrés.
En France, il existe une tradition pamphlétaire où se bousculent des
noms fameux, Voltaire, Zola, Péguy, Bernanos, Sartre, etc. Une
tradition qui trouve aujourd’hui un écho au sein d’une multitude de
médias. En revanche, avec le temps, même s’il n’a rien perdu de sa
verve, le discours pamphlétaire a su se débarrasser des lourdeurs du
genre, telle la figure de l’honnête homme en proie au scandale de la vérité
et à la violence du monde. Selon les auteurs, ou les formats (du livre
au blog, à la chronique en images), il s’est emparé de l’humour et de
l’incertitude d’une pensée qui n’a plus la prétention de se croire
autonome mais toujours l’envie d’essayer. La mutation est d’importance.
Elle a redonné à la parole pamphlétaire un crédit que les
professionnels du spectacle de la Liberté orchestré en opération
marketing avaient fini par lui faire perdre. Le pamphlet retrouve donc une place de choix partout où s’écoutent et
se racontent les rondeurs et les aspérités de nos existences, car le
candide ne cultive plus son jardin en solitaire, il s’est installé sur
la place publique. Et bégayer des inepties ne l’effraye plus. Tout vaut
mieux que de rester spectateur.
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